Et si … et si, un jour, Deep Purple avait tapé le bœuf avec des teufeurs en pleine rave party ? Qu’aurait donné l’entrelacs de leur orgue, de leur guitare et des caissons de basse ? Probablement d’incantatoires ritournelles comme l’on peut en trouver à foison sur Oscillations, troisième album en date d’Howard, paru il y a quelques jours à peine. Sur cette nouvelle fournée, le trio parisien aux références toujours aussi impeccables (The Doors, Birth of Joy) a su ajouter à son déluge de fuzz et d’Hammond originel de nouvelles sonorités électroniques des plus galvanisantes. Une relecture moderne du mythe hardos et une démonstration impeccable que le rock ne se conjugue heureusement pas qu’au passé à l’heure où trop de groupes s’encroûtent dans le revival et ou se complaisent dans la nostalgite aiguë. La sortie est de taille et marque incontestablement ce début d’année. Cela méritait bien de contacter le trio pour un petit interrockatoire des familles.
—————————–
Salut Howard et déjà merci pour ce merveilleux Oscillations ! Notre rédaction composée d’un seul journaliste est unanime : on tient là un futur classique millésime 2025 !
Merci Lucas, quel honneur!
En me prenant en pleine poire le morceau d’ouverture Opening : Sample & Hold, j’ai instantanément pensé « grands dieux, cet orchestre-là nous a composé le hard rock du tur-fu » et cette impression n’a fait que se confirmer tout au long de l’album. On retrouve toujours vos réf’ très seventies mais cette fois couplées à de vraies grosses cavalcades électroniques. Comment s’est construite cette odyssée à travers les genres et les époques ?
Bravo pour le sens de la formule, on hésitera pas à te citer. On s’imagine un processus dantesque quand tu décris notre galette comme une odyssée (merci, d’ailleurs) alors qu’au final on a juste été méthodiques et honnêtes avec nous-mêmes. On s’est calé un créneau dans le studio de Raph avec tous ses synthés, tous les lundis, et on a construit à partir de textures et d’émotions plutôt que de gros riffs. On écoute pas mal de musique électronique (techno, ambient) et même de la musique concrète. Finalement, on s’est accroché à ce qu’on sait faire mais en laissant la porte ouverte à tout ce qui nourrit nos écoutes depuis quelques années déjà. Si on avait des interrogations quant à la cohérence du tout en finalisant les maquettes, on s’est rassuré au moment d’enregistrer les parties les plus organiques au studio Sextan et le tout s’est bien goupillé.
Bon, parce qu’avec un titre comme Myself, vous êtes quasi prêts pour aller jouer en rave, non ?
Même pas peur !
Est-ce qu’il y a des groupes en particulier qui vous ont influencés dans cette approche d’un rock plus électronique ?
Il y a eu quelques déclics en live: Meule, Yolamif, Tukan, Horskh, mais le mélange entre rock et électronique date pas d’hier ! Et en vrai, c’est aussi l’attrait pour toutes les manipulations sonores que l’outil « synthétiseur » permet de faire qui nous a énormément influencés. On s’est beaucoup laissé porter par les timbres que Raph sait convoquer avec son armada électronique.
Les textes se veulent plus personnels, plus sombres aussi. On y parle d’isolement, de dépression, d’identité de genre, de colères; des thématiques que vous n’abordiez pas auparavant. Est-ce que ce troisième album représentait le bon timing pour plus se livrer ?
Honnêtement c’était pas tellement réfléchi. On est plus proches, plus soudés que jamais grâce aux années de tournée et d’ancienneté du projet, donc forcément on peut aller plus loin dans nos propos. Quant au choix des thématiques, je t’avoue qu’il s’est imposé de lui-même : quand on traverse des épreuves et des questionnements aussi intimes, ça se retrouve forcément dans ce qu’on crée, et c’est une chance de pouvoir transformer cette énergie en quelque chose de positif et d’artistique, qu’on va pouvoir continuer de transformer avec le public en live !
Des textes plus intimes et une identité sonore plus prononcée ; tous les ingrédients sont réunis pour qu’on vous harcèle en interview avec le fameux « album de la maturité ». Vous avez déjà préparé votre réponse toute faite ?
Hahaha, non ! On croit pas trop à l’album de la maturité, les albums c’est un instantané de là où on est le jour où on enregistre, les morceaux continuent d’évoluer pour le live, et qui sait ce que nous réserve le prochain album ? Avec un quator à cordes ? Encore plus d’électro ? On verra bien mais en tout cas on ne veut pas figer notre identité. La seule chose dont on est certains, c’est qu’ Oscillations ressemble vraiment à qui on est en ce moment, et que sa sortie nous fait autant de bien qu’elle nous motive pour la suite.
Et si on rajoute en plus votre signature chez RAGE TOUR, est-ce que vous sentez qu’un cap est en train de se franchir pour le groupe ?
C’est tout ce qu’on espère ! On est de plus en plus entouré, on se sent soutenus par une super équipe, que ce soit Rage Tour, Angie de NRV Promotion, notre éditeur Les Airs à Vif, nos distributeurs Ditto et Season of Mist, le Studio Sextan avec Arthur Gouret, Yamaha, la liste s’allonge petit à petit. Ça fait un bien fou de se sentir porté dans nos projets par autant d’énergie. Pour le reste, on garde la tête froide et on bosse encore et toujours pour faire grandir le projet autant qu’on peut, jusqu’ici ça paye : le Hellfest en Juin, notre release party le 12 Septembre à Petit Bain (à ne pas manquer, on prépare un set de dingo ça s’annonce dantesque!) et quelques autres dingueries qu’on annoncera au fur et à mesure.
La future date au Hellfest d’ailleurs, ça représente un rendez-vous particulier pour vous ou un concert comme un autre ?
C’est clairement le rêve pour un groupe comme nous. Il y a tellement de groupes qu’on admire qui ont joué sur la Valley ! On va pas faire genre, ce sera notre plus grosse scène pour l’instant, ça n’a rien d’un concert comme un autre. On réalise à peine pour l’instant, et je pense que la veille au soir on réalisera un peu trop. Ce qui est sûr, c’est qu’on bosse comme des fous pour que ce soit un rendez-vous dont on se rappellera toute notre vie.
Et deux p’tites digressions pour conclure. Votre blaze est inspiré par le doux prénom de M. Lovecraft. Vous avez déjà songé à adapter son univers dans un grand opéra rock ? S’il fallait adapter une de ses nouvelles, ça serait laquelle ?
Pour l’instant, le seul opéra rock qu’on ait commencé à écrire parle de mogettes. C’était le confinement, que veux-tu ? On s’est progressivement éloigné de l’imagerie Lovecraftienne et de ses thèmes, mais si on devait adapter une nouvelle, je dirais La couleur tombée du ciel. Pas seulement pour pouvoir faire un clip avec des extraits du film avec Nicolas Cage (c’est bien sûr un bonus), mais aussi parce que Lovecraft y touche ce que je préfère dans le fantastique : un élément simple qui dépasse l’entendement, impossible à décrire et qui change toute la logique du monde dans lequel on est plongé.
Et enfin une question gourmet pour Tom. Tu étais caviste de bières artisanales, ça serait quoi le nectar parfait pour accompagner l’écoute de votre dernier album ?
Pas évident comme question, d’autant qu’on passe par beaucoup de paysages sonores avec Oscillations. Pour autant, les séquences frénétiques de Sample & Hold, le synthé au timbre acéré de Keep Running et la fureur finale sauce 303 de Myself m’invitent volontiers à siroter une sour bien acétique et bien charpentée dans le style des « lambics » ricains qu’on peut trouver chez The Bruery. Si c’est un peu dur de mettre la main dessus, les « vières » de chez Gallia feront l’affaire!
Crédit photo : Silvere Koulouris

Laisser un commentaire