Les pigeons sont-ils des espions du gouvernement ? Faut-il interdire le ska ? Les keupons prĂ©fĂšrent-ils le Canada Dry Ă la 8.6 ? Les rĂ©ponses Ă ces questions, vous les trouverez (presque) toutes dans lâinterview que vous vous apprĂȘtez Ă lire. Mais vous y apprendrez Ă©galement tout un tas de choses sur Punky Tunes, explosif groupe de skate-punk XhC originaire de SĂ©lestat. Entretien avec le quintet quelques heures avant quâil ne sâen aille dĂ©crasser les tympans du Zone 51 Fest.
Ce soir, vous jouez Ă domicile. Il y a une pression supplĂ©mentaire quand on est les locaux de lâĂ©tape ?
Matthias (batterie) : Ă titre perso, j’ai toujours un peu plus de pression quand c’est Ă la maison. Il y a des gens que tu connais, d’autres musiciens de groupes que tu trouves cool. C’est bonne ambiance effectivement mais je pense que j’ai un peu moins de stress quand je joue Ă l’extĂ©rieur (rires).
Votre deuxiĂšme EP Still Going Strong est sorti en 2024. Comment sâenchaĂźnent les choses pour vous depuis ?
Marie (chant) : plutĂŽt bien ! On a dĂ©jĂ deux nouveaux singles qui sont sortis cette annĂ©e et on sâapprĂȘte Ă en sortir un troisiĂšme. Et puis la sortie dâun autre d’EP au cours de l’annĂ©e pour ne perdre pas le rythme.
Matthias : depuis qu’on a enregistrĂ© le premier EP, on essaye d’enregistrer tous les ans, histoire de garder cette dynamique, qu’il y ait toujours un truc Ă sortir.
Ce second EP câest 100 % vos compos alors que vous Ă©tiez Ă lâorigine plutĂŽt un groupe de reprises, ça a Ă©tĂ© quoi le dĂ©clic pour passer de lâun Ă lâautre ?
Matthias : mon avis, c’est que faire des reprises, c’est un bon moyen de se mettre en selle. Tu commences facilement, tu prends une chanson que tout le monde aime bien dans le groupe, tu la joues et ça permet de roder un peu la machine. Et une fois que le truc est en place, ça vient assez naturellement de se dire « on a fait des reprises, c’Ă©tait cool, c’Ă©tait marrant, maintenant on va faire des compos ». Et petit Ă petit les compos ont remplacĂ© les reprises dans nos sets. Plus on avait de compos, moins on faisait de reprises. Globalement, c’est ça.
Et est-ce quâau grĂ© des sorties, vous vous sentez approcher LE son Punky Tunes ?
Matthias : on commence Ă trouver une direction de plus en plus mais je ne sais pas sâil faut absolument trouver un son. Est-ce quâil faut converger forcĂ©ment vers un truc ? Est-ce que c’est une fin en soi ? Je ne suis pas sĂ»r. Bon, je ne rĂ©ponds pas du tout en disant ça (rires).
Laurent (guitare) : on fait surtout les morceaux qu’on a envie de faire, avec toutes les influences prĂ©sentes dans le groupe, le punk rock au sens large, le mĂ©tal ⊠bon, aprĂšs, il y a certaines choses ⊠la passion du ska de LoĂŻc par exemple …
LoĂŻc (guitare) : je suis le seul Ă aimer la trompette (rires).
Laurent : mais câest vrai que lâarrivĂ©e de Marie, avec sa voix assez panoramique, nous a permis dâouvrir dâautres champs. Notamment plus hardcores. Certains des prochains morceaux qui vont arriver sur les plateformes seront dâailleurs radicalement diffĂ©rents. Maintenant, on sâen rend compte sur nos compos les plus rĂ©centes, on continue Ă sâouvrir Ă dâautres esthĂ©tiques : grungy, rock ou atmosphĂ©riques. Ăa peut paraĂźtre fou alors que lâidĂ©e de dĂ©part Ă©tait plutĂŽt de faire du punk mĂ©lo mais on ne se pose pas spĂ©cialement ces questions. Si ça nous plaĂźt, on explore. C’est comme ça que je le ressens.
LoĂŻc : leur seule limite, câest le ska (rires).
Dans votre bio, on peut lire « anti-fascist, pro feminist, animal friendly, LGBT+, earth protection et DIY », bref toutes les valeurs chĂšres Ă Pascal Praud. Ăa vous semblait une Ă©vidence de mettre ça bien en avant, dĂšs les premiĂšres lignes de prĂ©sentation ?
Matthias : Pascal, câest notre cĆur de cible (rires). On s’est assez vite rendu compte qu’on ne voulait pas laisser place au doute vis-Ă -vis de notre public. C’est des valeurs qu’on partage et on s’est dit « tant qu’Ă faire, on va les afficher ».
Laurent : ça sâest fait en deux temps. DĂ©jĂ , lâaffirmer dans la bio pour que les choses soient bien claires. On n’a pas forcĂ©ment envie de jouer pour des gens qui veulent « juste » de la musique ou qui disent « quâon nâest pas lĂ pour faire de la politique ». Bah si, tout est politique sur cette planĂšte. Et dans un deuxiĂšme temps, on a rajoutĂ© tout ça sur le backdrop. LĂ , tu passes encore un cap parce que câest publiquement affichĂ©. Il faut ĂȘtre un peu en veille active parce qu’il y a des gens un peu fĂąchĂ©s. On est conscient de ça mais en mĂȘme temps, on voulait directement poser les fondamentaux.
Donc le punk apolitique ou sans revendications, vous nây croyez pas ?
Laurent : jâai encore eu cette conversation il nây a pas longtemps mais Ă un moment donnĂ©, il faut regarder dâoĂč ça vient, de quoi en parle. Le punk a toujours Ă©tĂ© vindicatif. Suffit de voir les racines et la genĂšse. Les Clash Ă©taient clairs Ă lâĂ©poque. Les Dead Kennedys avec Nazi Punk Fuck Off, il y a zĂ©ro ambivalence. Boire des biĂšres, avoir une crĂȘte, câest chouette mais ça ne fait pas tout. MĂȘme dans les milieux alternatifs, il y a des fachos et tây entends des trucs pas acceptables.
Matthias : câest un peu comme le vieux slogan de Canada Dry. Ăa a goĂ»t le du punk, ça a lâodeur du punk mais si ça nâest pas un minimum engagĂ©, en est-ce vraiment ? AprĂšs, nous, ça nous semble aussi important de garder une bonne part de fun. Sur le prochain EP, il y a des chansons hyper engagĂ©es et dâautres beaucoup plus lĂ©gĂšres. L’un n’empĂȘche pas l’autre, tu n’es pas obligĂ© d’ĂȘtre tout le temps sĂ©rieux, tu n’es pas obligĂ© d’ĂȘtre tout le temps dans la dĂ©conne, tu peux faire les deux.
Et comment se passe lâĂ©criture des paroles ?
Matthias : alors, ça tourne un peu, il n’y a pas de formule gravĂ©e dans la roche. En tant que batteur, jâarrive rarement avec des compos mais plutĂŽt avec des textes. Quand jâĂ©cris, jâai souvent une mĂ©lodie en tĂȘte. Je la chantonne faux Ă LoĂŻc ou Ă Matthieu qui me la rejouent en me demandant si câest bien ça que je voulais (rires).
Matthieu (basse) : Matthias Ă©crit pas mal de textes, jâen Ă©cris aussi, et souvent, aprĂšs, on essaie de les caler sur les instrus de LoĂŻc. Et depuis que Marie, qui en Ă©crit aussi, est arrivĂ©e, on nâa plus vraiment dâauteur principal. Ăa se diversifie et câest tant mieux.
Marie : pour illustrer ça, lâautre coup jâai trouvĂ© un texte sur le serveur, personne ne savait qui lâavait Ă©crit (rires). Si un sujet touche plus particuliĂšrement l’un dâentre nous, il s’en empare simplement.
Matthias : l’exemple, c’est notre titre What it’s like to be a girl. C’est clairement une chanson qui parle de fĂ©minisme, d’ĂȘtre une femme. Le sujet m’a toujours intĂ©ressĂ©, interpellĂ© mais je ne me suis jamais senti spĂ©cialement lĂ©gitime dâĂ©crire une chanson lĂ -dessus. Marie sâen est emparĂ© et la chanson est trop bien !
Justement, ce titre assĂšne des vĂ©ritĂ©s trĂšs fortes. Parler de fĂ©minisme dans un titre punk en 2025, câest parler Ă des convaincus ou il y a encore du pain sur la planche ?
Marie : oh non, rien nâest jamais acquis. Je viens de passer 4 jours comme bĂ©nĂ©vole sur le stand de prĂ©vention contre les violences sexuelles et sexistes du festival et je peux dire que ça nâest pas gagnĂ©. On propose aux gens de faire un petit quiz sur ce thĂšme et ça arrive trĂšs souvent que des mecs nous fassent des blagues vraiment nulles. Ăa concerne tous les publics et le punk nâest pas Ă©pargnĂ©. Lâhomophobie est encore trĂšs prĂ©sente, les discours franchement misogynes aussi. Quand je suis seule parfois au merch aprĂšs les concerts, câest compliquĂ©. Il y en a qui ont encore du mal quand tu leur dis non ! Et ça nâest mĂȘme pas un truc gĂ©nĂ©rationnel. MĂȘme sâil y a une jeunesse plus engagĂ©e lĂ -dessus, on en croise toujours des qui pensent que ça nâest pas pour eux ou que ça ne les touche pas. Donc il faut toujours en rajouter une couche.
Laurent : câest comme cette fois oĂč un vieux punk Ă crĂȘte nous a braillĂ© au merch, « alors les pĂ©dĂ©s, vous avez des vinyles ? ». Ăa, faut arrĂȘter. On en revient Ă ce quâon disait tout Ă lâheure. Tâas le look, la crĂȘte, les patchs, câest bien mais parfois, faudrait moins de folklore et un peu plus de valeurs.
Il y a quelques jours Ă peine, vous avez sorti le titre Flat Earthers Around The Globe, Unite !, qui aborde le thĂšme du complotisme et qui risque clairement de vous couper de votre fanbase platiste. Toutes ces thĂ©ories, elles vous font plutĂŽt marrer ou flipper ? Et est-ce quâil y en a une que vous affectionnez tout particuliĂšrement ?
Matthias : câest moi qui ai Ă©crit ce texte-lĂ et je cite quelques thĂ©ories dedans. Ma prĂ©fĂ©rĂ©e, je crois que câest False History. Elle a plusieurs noms mais on la trouve souvent sous ce nom-lĂ . Câest des gens qui pensent, par exemple, que la pĂ©riode mĂ©diĂ©vale (ou au moins une partie) nâa jamais existĂ©. Je trouve ça assez fou mais le problĂšme, câest que ce sont des gens dangereux derriĂšre tout ça. C’est liĂ© Ă la mouvance QAnon et donc Ă l’extrĂȘme-droite amĂ©ricaine. On a voulu en faire une chanson marrante mais quand tu regardes bien, ça ne lâest pas tant que ça.
Laurent : il y a un clip qui va sortir pour lâaccompagner dâailleurs. Pour moi qui ne mâĂ©tait jamais trop intĂ©ressĂ© à ça, ça a Ă©tĂ© lâoccasion de plancher le sujet. Tu regardes des sites, il y a des noms, des passages, des « preuves », ça mâa quasi convaincu (rires) !
Marie : moi, ma thĂ©orie prĂ©fĂ©rĂ©e, c’est les pigeons ! Il nây a plus de vrais pigeons, câest des systĂšmes de surveillance, avec des camĂ©ras, des micros et tout. Des vrais drones de surveillance. On va glisser un petit plan dans le clip avec des pigeons, en petit clin dâĆil Ă cette thĂ©orie.
Et moi qui les nourrissais comme un con âŠ
Matthias : bah ouais, tu feras gaffe. D’ailleurs, si tâarrives Ă en attraper un, tu verras, en lui appuyant sous l’aile, ça le reboote (rires).
Pour finir, en hommage Ă votre blaze et Ă vos valeurs, câest quoi votre punky tune engagĂ©e favorite ?
LoĂŻc : je dirais Antifascista de ZSK. Câest de lĂ que vient le fameux « alerta, alerta, antifascista ».
Marie : je ne sais pas si câest du pur punk mais les chansons de Delilah Bon, ça envoie grave, avec des textes engagĂ©s qui sonnent toujours justes.
Matthieu : moi, ça serait Nailing Descartes to the wall de Propagandhi, qui parle de libĂ©ration animale et de libĂ©ration humaine. Câest en Ă©coutant cette chanson vers 15, 16 ans que jâai commencĂ© Ă me questionner lĂ -dessus. Trois ans aprĂšs, je suis devenu vĂ©gĂ©tarien par conviction.
Matthias : câest vrai quâil y a beaucoup de thĂ©matiques qui nous sont chĂšres aujourd’hui qui nous ont Ă©tĂ© amenĂ©es par les groupes quâon a pu Ă©couter plus jeunes. Donc pas de chanson en particulier mais big up Ă tous ces groupes qui nous ouvrent les yeux !

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