Noé Talbot : anti-rock’n’roll suicide

Interrockatoire : exercice punko-oulipien pour lequel nous convions des artistes hautement recommandables à répondre aux sujets de nos chroniques d’interrockations. Aujourd’hui, pour (ré)inaugurer ce format à nul autre pareil, please welcome : Noé Talbot !

Mourir pour le rock, Noé Talbot l’a fantasmé. Faire du rock sa vie, il l’a tutoyé. Faut dire que le québécois a déjà pas mal baroudé sur les différents continents musicaux : punk, rap, chanson à textes … les projets sont légion. Ici, malgré un nom d’album qui aurait pu sonner comme une trad’ française d’un titre de Motorhead, on est bien loin des guitares rugissantes et autres batteries double-pédalantes. Noé nous invite sur son arche musicale, naviguant entre folk, pop, rock, world music. Qu’importe les flacons, l’important est d’évoquer là les solitudes de notre époque, les revers du grand rêve rock’n’rollesque : ses déboires, ses gueules de bois, ses désillusions. Tout y est convoqué avec poésie, sincérité et humour pour créer une flânerie sonore aussi feel-good que salutaire. Plutôt que de s’adonner au rock’n’roll suicide si cher à tant d’artistes, le sieur Talbot a pris le parti de vivre pour son œuvre et on ne saurait que l’en remercier.

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Faut-il mourir à 27 ans ?

Mon dernier album s’intitule « Mourir pour le rock » et recommande précisément de ne pas faire ça. On vit ses émotions, bonnes comme négatives, beaucoup plus passionnément lorsqu’on est jeune. Arrêter sa vie pour une cause absurde, alors qu’on est au début d’un processus, est à mon sens très triste. Après, je ne juge pas les gens qui s’enlèvent la vie parce qu’ils la trouvent insoutenable. Parfois, certaines personnes traînent la vie comme un fardeau depuis tellement longtemps et portent sur leurs épaules un paquet de traumas et un bagage difficile et je pense que s’enlever la vie reste un choix qui peut être une porte de sortie possible. Néanmoins, dans la majorité des cas, je pense qu’il reste beaucoup de belles choses à vivre et qu’il faut plus relativiser. C’est pas Sénèque qui disait « philosopher c’est apprendre à mourir » ?

Le rock est-il toujours d’actualité ?

Avec l’actualité en ce moment, justement, je pense qu’il est plus pertinent que jamais. Je me souviens de lorsque je suis tombé en amour avec ce style de musique, c’était parce que je découvrais de la musique qui me faisait réfléchir, qui respirait la rage, la passion et l’anticonformisme. Dans une société qui a tendance à isoler de plus en plus les individus, je pense que le rock est une des clés pour rassembler de nouveaux la jeunesse et créer une contre-culture à cette poussée de fascisme et de perte d’empathie.

Pourquoi que le rock c’était mieux maintenant ?

Parce que la nostalgie fait bien vendre. Comme dirait Chris Demakes dans Chris Demakes a Podcast : « Nothing beat the memories ». On est accroché à des souvenirs qui sont accrochés à des chansons. Donc, le rock c’était pas mieux avant, mais on fantasme sur une époque ou la vie était beaucoup moins compliquée et beaucoup plus colorée.

Beatles ou Stones : faut-il vraiment choisir ?

Oui. Il faut choisir les Beatles. En 7 ans, ils ont révolutionné la musique au grand complet. Les Stones… Bof. Quelques bonnes chansons, mais beaucoup de chansons génériques.

Pour ou contre le Air Guitar ?

Pour ou contre le Quidditch du rock ?


Pour ou contre les tribute bands ?

Je suis pour lorsque le groupe n’existe plus. C’est une belle façon de continuer à faire vivre un groupe ou un artiste à travers le temps et de rassembler les fans ensemble. Je suis un peu désespéré par exemple de tous ces groupes hommage qui remplissent des salles alors que le groupe existe toujours. J’avoue que je ne comprends pas vraiment pourquoi les gens vont voir ça.

Pour ou contre les reformations ?

Lorsque j’étais plus jeune, j’étais totalement contre. Maintenant, je pense que si le groupe et le public y trouve son compte, pourquoi pas ? Après tout, la musique ça crée une connexion entre un artiste et un auditeur, et si cette connexion existe toujours, pourquoi pas. Je suis juste toujours un peu fâché de ne pas jouer sur certains festivals alors que 4-5 groupes reformés (et qui jouent mal en plus) y jouent.

Le Monde d’Après se fera-t-il sans festivals ?

J’espère que oui. Je pense qu’on devrait réinventer le festival et la façon dont c’est fait. Ça devient un peu nul les festivals, c’est surtout bon pour se défoncer et prendre de la drogue. Maintenant, les gens regardent les concerts sur des écrans géants. Il y a peu de contact réel avec les artistes. C’est rendu un peu nul les festivals et ça date d’une autre époque. Je parle des gros festivals bien sûr. Les petits festivals, c’est cool. C’est juste qu’il faut ramener la musique au cœur du festival et non la bière à 10$, la MDMA et la bouffe super cher, avec des places de concert à 200$.

Quel vote pour le Peuple Rock ?

NOFX, définitivement. Mais le groupe au complet, pas juste Fat Mike, hein. C’est la plus grosse perte pour le rock qu’il y a jamais eue à mon avis. Bon, plutôt le punk rock, mais l’esprit du « je m’en fous et je crache sur tout ce qui bouge avec discernement » n’a jamais été aussi bien représenté que par NOFX. Avec NOFX comme président du Peuple Rock, on pourrait révolutionner ce monde pourri.

Avez-vous checké votre ho-rock-scope ?

Évidemment, il m’annonce une belle tournée en France et Belgique en septembre ! J’étais très content de lire ça !!

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La preuve que les astres ne se trompent jamais, vous pourrez retrouver Noé Talbot en concert :

12/09 : Cherbourg

13/09 : Angers

14/09 : Saint-Laurent-de-Terregate

19/09 : Braine-le-Comte

20/09 : Liège

21/09 : Namur

23/09 : Dunkerque

24/09 : Luneray

26/09 : La Chapelle-d’Armentières

27/09 : Tournai

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