Le Reverend Beat-Man et ses apôtres


Si le rock’n’roll était une religion, le Reverend Beat-Man en serait assurément un des plus éminents saints. Depuis près de quatre décennies, le plus sauvage des helvètes parcourt le monde pour prêcher sa sainte parole lors de lives furieux, sauvages et décadents, armé de sa seule guitare et de sa foi inébranlable en la musique du Diable. Dans les années 80, il fonde Voodoo Rhythm Records ; une croisade pour réunir autour de lui tout ce que la planète a engendré de musiciens aussi déglingués qu’intègres. Cette quête d’un rock’n’roll authentique, le Reverend nous en parle aujourd’hui dans un entretien qui risque fort de bousculer la hiérarchie de vos prétendus artistes favoris. Tenez-vous prêts pour la Révélation !

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Salutations Reverend, pourriez-vous nous conter la création de votre label Voodoo Rhythm Records ?

Durant les années 80, j’en ai eu ras-le-bol de la musique mainstream et des innombrables mauvaises imitations de Billy Idol. Je me suis alors fixé pour mission de foutre sens dessus dessous toute la structure et de balancer de la couleur dans ce paysage musical morne et conformiste. Au lieu du Hi-fi, on s’est lancé dans le Lo-fi, en enlevant tous les graves et en boostant les aigus. Je voulais aussi dégager tout le propret des artworks ; retour au trash : papier râpeux, coupé et collé à la main, provocant. On faisait tout nous-mêmes, de l’enregistrement jusqu’à la construction de nos propres micros à partir de combinés de téléphone. Quand Nirvana a débarqué, on a reçu des offres de Sony, de BMG et de beaucoup d’autres labels, que nous avons toutes refusées pour rester strictement indépendants. Commercialement, cela a été et est toujours un suicide complet. Le fait qu’un personne sur 100 qui lira cet article connaît notre label en est une preuve. Nous sortons de la musique pour les gens qui sont en recherche, en quête. Nous ne forçons personne. Notre algorithme n’existe même pas. Ces jours-ci sont peut-être parmi les pires et les plus durs de tous les temps pour les labels. On n’a jamais autant galéré avec l’argent. Mais je tourne énormément et tout l’argent que je gagne part directement au label ; c’est comme ça que je me soutiens moi et les autres groupes de Voodoo Rhythm Records.

Pourriez-vous nous présenter quelques uns des artistes historiques et emblématiques du label ?

Destination Lonely

Ils sont toulousains et créent le garage punk le plus fou que vous ayez jamais entendu ! Totalement désespéré. Aucun signe d’espoir. Ils détruisent la bonne humeur et vous trimballent directement en enfer.

The Dead Brothers

Ils ont commencé dans les années 90 où ils ont commencé à mélanger rock garage et musique d’enterrement. À l’époque, ils étaient les premiers à faire ça. Ils sont un peu la pierre fondatrice du style de musique que font aujourd’hui Gogol Bordello ou d’autres groupes de cette espèce là. Leur chanteur Alain est malheureusement décédé il y a quelques années.

Roy and The Devil’s Motorcycle

Ils viennent du milieu squat de Berne, prennent beaucoup trop de drogues et se déglinguent à chaque fois qu’ils enregistrent leur musique. Ils sont potes avec Spacemen 3, c’est vous dire !

THE GET LOST!

Ils sont issus de The Miracle Workers, un des meilleurs groupes néo-garage-punk des années 80, venus tout droit de Portland, Oregon. Quand j’ai enregistré mon 1er album en tant que Reverend Beat-Man, je les ai embarqués avec moi en studio à Londres en tant que backing band. Ils ont enregistré leur album en même temps que le mien.

Angry Zeta

Made in Buenos Aires. Je les ai trouvés dans les rues de Berne où ils jouaient comme musiciens de rue. Je les ai envoyés direct en studio où ils ont enregistré un album incroyable. Maintenant, ils jouent des concerts devant plus de 3000 personnes.

Oh Telephone

Ceux-là viennent directement de l’hôpital psychiatrique de Berne. Ils font du garage punk … enfin, ce qu’ils pensent que le garage punk devrait être. C’est de la musique démente pour les personnes démentes, tu ne sais jamais où va partir leur musique. C’est dangereusement sexy et sauvage à la fois.

E.T. Explore Me

Un super-groupe venu d’Amsterdam, branché MD et LSD, encore un ! Ils enregistrent un album tous les 10 ans et après ils planent. Et c’est ce qu’est leur musique, un trip total !

Bad Decisions

Basse et batterie. De Roumanie. Ils catapultent Bucarest dans le futur avec leur musique et ce qu’ils créent pour la culture musicale indé de leur pays. Leur album Subnormal est extraordinairement unique !

Honshu Wolves

Marianne SheWolf est une squatteuse bernoise qui surfe sur les vagues désertiques de sa psyché. La Jessie Mae Hemphill suisse.

Nestter Donuts

Foutrement authentique ! Le one-man band le plus déglingué que la Terre ait jamais porté. Il vient d’Alicante en Espagne et transforme le flamenco en pur rock’n’roll. Du flamenco trash !

Comment envisagez-vous l’avenir du label dans ce futur dystopique et auto-tuné qui s’annonce ?

Ça sera l’enfer … mais on adore l’enfer !

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