Aussi inexorable qu’une nouvelle rehab de Pete Doherty, la voici de retour : la saison des festivals. L’an dernier, nous vous avions délivré une chronique fleuve sur ces grands rassemblements musicaux : leurs enjeux économiques, leur impact écologique mais aussi les fléaux vestimentaires qui les rongent de l’intérieur. Cette année, nous avons opté pour un angle plus pratico-pratique : un petit tuto à l’usage des festivaliers, notre grand chelem des mauvaises idées à avoir en festoche pour passer un été absolument DÉ-TES-TA-BLE. Immersion.
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Le budget
Optez pour un festival des plus onéreux et ne lésinez pas sur les dépenses une fois sur place. Imaginez-vous cette béatitude future, une fois le week-end terminé, de vous apercevoir que vous avez claqué seul en trois jours ce qu’aurait pu dépenser une famille de 4 en un mois de vacances. Et le tout en produits plus ou moins licites vous garantissant de repartir en n’ayant absolument aucun souvenir de toute cette aventure. Voilà de quoi se réveiller fier de sa personne le lundi matin suivant.
La programmation
Privilégiez les festivals génériques. Rien de tel que la promiscuité des fans de Taylor Swift ou de Big Flo & Oli pour tester votre résistance au vivre-ensemble. Peut-être goûterez-vous même au bonheur suprême de voir le concert de votre artiste fétiche ruiné par des hordes trépignantes et papotantes d’adolescents venus squatter le premier rang afin d’être aux premières loges du concert suivant. Celui de cet artiste mainstream qui vous a déjà tant fait saigner des tympans toute l’année à chaque fois que vous avez osé allumer la radio.
Le logement
Le camping sinon rien. Oh bien sûr votre âge et votre statut social pourraient désormais vous distinguer du festivalier débutant mais qu’aurait à vous offrir une réservation de trois nuits dans un confortable Air B’n’B ? Seule une bonne vieille tente des familles saura vous réserver des surprises inoubliables telles que des sécrétions difficilement identifiables recouvrant votre habitacle au petit matin, un rugbyman inconnu vous enlaçant à votre réveil, un sommeil sans cesse interrompu par les nocturnes envolées philoso-cocaïnées de vos voisins ou encore des vertèbres fraîchement moulues par la piètre qualité de votre matelas gonflable. No Way But The Hard Way.
Le look
Festivals ; territoires de toutes les excentricités vestimentaires. Comment défilerez-vous sur ces implicites podiums estivaux ? Adopterez-vous la panoplie du parfait petit hipster : coupe mulet, fine moustache et chemise à fleurs ? Ou opterez-vous plutôt l’indémodable combo morrisonesque : barbe, torse poil et fute en skaï ? À votre guise ! La seule limite que nous poserons ici est de ne pas céder à la tentation des grenouillères, qu’elles soient Pokemons, licornes ou dieu seul sait encore quelles autres immondices. Votre dignité n’y survivrait pas. Cet article se veut un descriptif de comment foirer votre saison des festivals, pas votre vie.
Le choix des concerts
Et si cette année était la bonne ? Prouvez-vous que vous êtes devenu un mélomane averti. Finies les bitures nostalgiques devant les groupes de skate punk ou de ska de votre jeunesse. À choisir entre deux concerts simultanés, penchez cette fois pour ce quintet folk jazz ouzbek qui prouvera définitivement votre appartenance au cercle restreint des amateurs de grande musique. Et pendant que résonnent au loin les tubes de vos années dorées, sirotez donc l’amer breuvage de la maturité.
L’expérience festivalière
Vivez le rêve jusqu’au bout et profitez de chaque animation proposée. Raquez pour cet honteux golden pit qui fera de vous l’élite du festival. Vous goûterez à la sensation orgasmique de vous sentir observé et haï par toute une foule, repoussée sur les maigres côtés de la scène restants à cause de votre parcage VIP. Et puis, tant que vous y êtes, offrez-vous un tour de grande roue pour balancer quelques cacahuètes sur cette même plèbe restée à terre. L’assurance d’avoir droit à un wall of death privatif à votre retour sur le plancher des vaches.
Les us et coutumes
Les wall of death forment la jeunesse, comme on dit en Finlande (si, si). Alors n’écoutez pas votre raison (qui vous estimera certainement trop vieux pour ces traditions) mais plutôt cette cinquième 8.6 en pression d’affilée et jetez-vous à corps perdu dans ce maelstrom humain. Une côte cassée n’est-elle pas un plus beau souvenir de festival qu’un tote-bag ?
L’alimentation
Oh qu’il a l’air tentant ce petit food truck de street food fusion vietnamo-nicaraguo-zimbabwéen ! Cette attente interminable dans la file d’attente (qui vous fera manquer les 3/4 de ce concert auquel vous souhaitiez ardemment assister) ne peut être synonyme que d’un petit plat mijoté longuement et amoureusement. Quel plaisir de déguster ces deux nouilles et trois concombres se battant vaguement en duel dans un bol contre seulement 15 euros ! Et soyez certains que le temps de dégustation de ce repas sera inversement proportionnel au temps passé aux toilettes dans la foulée ; une occasion unique de découvrir de fond en comble les sanitaires du camping !
L’after
Hooray ! Vous vous êtes faits de nouveaux camarades de jeu écossais ou australiens. Une fois les concerts terminés, ces derniers vous proposeront très certainement de poursuivre les hostilités à leur emplacement de camping. Assurément, ces héritiers dégénérés du Commonwealth vous proposeront un de leurs fuc**** breuvages maison. Une concoction savamment équilibrée de vin blanc tord-boyau, de whisky bon marché et jus d’orange chimique. Un breuvage qui, s’il ne vous tue pas sur le coup, vous fera regretter le lendemain de ne pas avoir succombé à cette mort immédiate.
Le trajet retour
Pour achever ce week-end en apothéose, une seule solution : le covoiturage. Votre objectif ? Viser au minimum la review hargneuse, au mieux la plainte pour atteinte aux bonnes mœurs. Votre état pitoyable après trois jours de festival (brillant équilibre d’ effluves corporelles, de tronche de Thom Yorke mal réveillé, d’articulations phonétiques aussi bancales qu’odorantes) sera votre meilleur atout. Pour peu que votre chauffeur du jour soit un patenté bavard vous infligeant 8 heures de monologue sur (au choix) la vie sentimentale de son chat / sa passion pour le cosplay / son opinion sur le grand remplacement, vous tenez là les ingrédients nécessaires pour achever votre système nerveux déjà mis à mal par trois jours de produits chimiques. Solution alternative (ou imposée si votre covoit’ vous somme de quitter son véhicule en pleine cambrousse) : optez pour le train et soyez ce passager plus proche du déchet que de l’humain qui fait fuir tout le wagon. À vous la banquette de quatre !
N.D.L.R: protocole à réitérer chaque week-end de votre été afin d’en mesurer pleinement les effets bénéfiques sur votre organisme. Peut s’accompagne de la playlist ci-dessous.
Mais le plus sûr moyen de foirer son été est encore de ne pas s’abonner aux Interrockations.
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